La maison est située en première ligne sur le pourtour d’une anse qui à elle seule et malgré sa taille constitue une petite mer.

Ici, les hommes et les femmes vivent aux heures des marées. Elles commandent à chacun de leurs gestes. C’est un pays mystérieux où chaque jour les eaux montent puis se retirent, tantôt aimantées par la côte, tantôt aspirées vers le large, boutées hors des chenaux où naviguent des bateaux à fond plat. On peut les voir glisser à l'horizon.

Les grandes marées d’équinoxe, les malines, emportent des lits d'algues sur leur dos ondulant, puis les ramènent et les abandonnent le long des plages.


Le bassin se referme sur son arc de cercle bordé de pins. Il est paisible. Un léger clapotis annonce la tempête. Puis de gros nuages noirs s'accumulent dans le ciel et brusquement la surface de l’eau s'assombrit. La houle se forme jusqu'à se transformer en un chaos lacéré d'éclairs. Alors, les vagues bondissent. Elles se ruent à l’assaut des parois de bois de la digue à l’approche des ports. Les bateaux regagnent leur abri. Leur coque grince.

L’océan, lui, ne connaît jamais le repos. Sans cesse grondant, il marque son territoire contre celui des hommes.

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Serge Bonnery

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